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« — I suoi pensieri in lui dormir non ponno. » |
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7 janvier 1814. |
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« MON CHER MOORE, |
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« Je vous ai écrit une longue lettre de dédicace que je supprime, quoiqu'elle exprime sur vous une opinion que tout le monde s'honore de partager. J'y parlais trop de poésie et de politique, et d'ailleurs elle finissait par un sujet peu divertissant pour le lecteur, c'est-à-dire que je me mettais moi-même en scène. J'aurais pu la refaire ; mais qu'en est-il besoin ? Mes éloges n'auraient rien ajouté à votre réputation si solidement établie, et vous connaissez mon admiration pour vos talents, et le plaisir que j'éprouve à jouir de votre conversation. En vous demandant, en qualité d'ami, la permission de vous dédier ce poëme, je ne désire qu'une chose, c'est qu'il soit digne de vous.
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« Votre affectionné et dévoué | BYRON. » |
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« — ... Nussum maggior dolore, |
I.
« Sur les ondes joyeuses de la mer sombre et bleue, comme elles nos pensées sont sans bornes, et nos âmes libres comme elles ; aussi loin que la brise peut porter, partout où les vagues écument, voilà notre empire, voilà notre patrie. Ce sont là nos royaumes, où notre puissance n'a point de limites. Notre pavillon est le sceptre auquel obéissent tous ceux qui le rencontrent. Dans notre vie turbulente et sauvage, nous passons, avec une égale jouissance, du travail au repos et du repos au travail. Oh ! qui pourrait peindre nos émotions ?... Ce n'est pas toi, esclave énervé de qui l'âme malade défaillirait sur la vague bondissante ; ni toi, vaniteux seigneur d'indolence et de folles débauches, pour qui le sommeil n'a plus de douceur, et le plaisir plus de charmes. Oh ! — excepté celui dont le coeur l'a éprouvé, et a bondi triomphant sur les vastes ondes, — qui peut dire le sentiment plein d'exaltation et le jeu délirant du pouls, qui font tressaillir l'homme errant sur cette voie sans bornes et sans traces ? désirer pour lui-même le combat imminent, faire ses délices de ce que les autres appellent danger, rechercher avec joie ce que les lâches fuient avec crainte, et, là où défaillent les faibles, sentir, — sentir jusqu'au plus profond du coeur qui se gonfle, — ses espérances s'éveiller et grandir son courage !
« La mort est pour nous sans terreur, — pourvu que nos ennemis meurent avec nous ; — ce n'est pour nous qu'un sommeil plus profond : qu'elle vienne quand elle voudra ! nous nous hâtons de jouir de la vie, et quand nous la perdons, qu'importe que ce soit par les maladies ou dans les combats ? Que celui qui traîne son existence, épris de la décrépitude, se cramponne à sa couche et y consume ses jours dans la souffrance ; qu'il ne respire qu'avec effort, et que sa tête paralysée tremble sur ses épaules ; à nous la fraîche tombe de gazon, et non le lit fiévreux ! Tandis que, râle à râle, il rend son âme épuisée, la nôtre, avec une angoisse, — d'un seul bond, — échappe à toute contrainte. Son cadavre peut se vanter de son urne et de son étroit caveau, et ceux qui abhorraient sa vie peuvent dorer sa tombe. A nous des larmes, rares, mais sincères, quand l'Océan nous sert de linceul et de sépulcre ! A nous le tribut d'affectueux regrets dans la coupe empourprée vidée en notre mémoire, et la courte épitaphe dont on nous honore au jour du danger, quand, après la victoire, ceux qui survivent se partagent le butin et s'écrient, le front rembruni par un triste souvenir : — « Que de joie eût exalté en ce jour le coeur des braves qui ne sont plus ! »
II.
Tels étaient les accents qui retentissaient autour du feu de la garde, dans l'île du corsaire ; tels étaient les sons qui allaient éveiller les échos des rochers, et qui semblaient des chants à des oreilles aussi sauvages ! Répartis en groupes sur le sable doré, les pirates jouent, — boivent, — causent ou aiguisent la lame de leur poignard ; ils choisissent les armes, assignent à chacun son épée, et voient sans émotion le sang qui la ternit ; on répare les chaloupes, on replace la rame ou l'aviron ; les uns errent pensifs sur la plage, d'autres s'occupent à tendre des pièges aux oiseaux, ou à sécher au soleil les filets humides ; ceux-ci portent un regard avide vers l'endroit de l'horizon où il leur semble voir une voile ; ceux-là racontent leurs exploits passés, et se demandent vers quelle proie nouvelle on conduira leur courage ; peu importe, — c'est l'affaire de leur chef ; la leur c'est d'obéir et d'avoir foi au succès de ses entreprises. Mais ce chef, quel est-il ? Partout son nom est fameux et redouté ; — ils n'en demandent et n'en savent pas davantage. Il ne se montre à eux que pour commander ; sa parole est brève, mais son coup d'oeil est sûr de même que sa main. Il ne se mêle point à la joie de leurs banquets ; mais en faveur de ses succès ils lui pardonnent son silence. Pour lui la coupe ne se remplit jamais, elle passe devant lui sans qu'il y goûte ; — quant aux mets dont il se nourrit, le plus frugal de ses hommes les laisserait aussi passer volontiers sans y toucher : un pain grossier, les végétaux les plus simples, quelquefois le luxe des fruits de l'été, font tous les frais de sa table, dont un ermite se contenterait à peine. Mais pendant qu'il repousse loin de lui les jouissances grossières des sens, son âme semble fortifiée par cette abstinence : « Qu'on vogue vers ce rivage ! » — On y vogue. « Faites ceci ! » — On le fait. « En rang, et suivez-moi ! » La proie est conquise. Ses paroles sont rapides comme ses actes ; tous obéissent ; il en est peu qui lui demandent les motifs de ses ordres : une réponse courte, un coup d'oeil de mépris, c'est tout ce qu'il leur daigne accorder.
III.
« Une voile ! — une voile ! » C'est une prise en espérance ! Quelle nation ? — quel pavillon ? Que dit le téléscope ? Hélas ! ce n'est pas une prise ! — mais c'est une voile amie : le pavillon rouge se déroule au souffle de la brise. Oui, c'est un de nos navires qui rentre au port. — Que cette brise lui soit propice ! — avant la nuit il aura jeté l'ancre. Déjà le cap est doublé, — notre baie reçoit cette proue qui fend avec fierté l'onde écumeuse. Avec quelle majesté il s'avance ! Déployant ses blanches ailes, voyez-le fuir, — c'est ce qui ne lui arrive jamais devant l'ennemi. Il marche sur les eaux comme un être animé, et semble défier les éléments au combat. Qui ne braverait le feu des batailles — et les naufrages — pour être salué roi de son tillac peuplé ?
IV.
Le câble glisse avec un bruit rauque sur le flanc du vaisseau ; les voiles sont ferlées, et le voilà qui se balance sur son ancre : les oisifs rassemblés sur la plage aperçoivent déjà le canot qu'on descend de la poupe. Il est équipé. — Les rames frappent l'onde en cadence jusqu'à ce que sa quille touche le sable. Leur arrivée est saluée par des cris d'allégresse et des voix amies ; la main presse la main ; on sourit, on s'interroge, on se répond à la hâte, et le coeur se promet les joies d'un banquet fraternel !
V.
La nouvelle se répand, et la foule augmente ; au milieu du bruit des voix et des rives, la femme exprime ses inquiétudes par des accents plus tendres : — les noms d'amis, d'époux, d'amants, sont dans chacune de ses paroles : « Oh ! sont-ils sains et saufs ? Nous ne demandons pas des nouvelles de vos succès ; — mais les verrons-nous ? Entendrons-nous leurs voix chéries ? Là où gronde la bataille, où mugit la vague, — ils se sont sans doute conduits en gens de coeur ? — Mais qui sont ceux qui ont survécu ? Qu'ils se hâtent de venir agréablement nous surprendre, et que leurs baisers chassent le doute de nos yeux charmés ! »
VI.
« Où est notre chef ? nous avons des dépêches à lui remettre. — La joie qui accueille notre arrivée — sera courte ; mais elle est sincère, et, quoique de peu de durée, — elle nous fait du bien. Allons, Juan, conduis-nous sur-le-champ vers notre chef ; ce devoir rempli, nous reviendrons nous mettre à table ; et chacun apprendra ce qu'il désire savoir. » Par un sentier creusé dans le roc, ils gravissent lentement la colline au sommet de laquelle la tour d'observation domine la baie. Sur leur passage s'offrent d'épais buissons, des fleurs sauvages, des sources argentées, pleines de fraîcheur, dont les ondes éparses jaillissent en pétillant de leurs bassins de granit et semblent inviter à les boire. Ils montent de roc en roc. — Quel est, auprès de cet antre, cet homme solitaire dont les regards sont tournés vers la mer, appuyé tout pensif sur son épée qui dans sa main redoutable ne fait pas souvent office de bâton de repos ? « C'est lui. — C'est Conrad. — Le voilà, — comme à son ordinaire, — seul ; va, Juan, va lui annoncer notre visite. Il regarde le vaisseau. — Dis-lui que nous sommes porteurs de nouvelles pressantes. Nous n'osons pas encore l'aborder, — tu sais qu'il n'aime pas que des importuns l'approchent sans son ordre. »
VII.
Juan se rend auprès de lui et les annonce. — Sans articuler une parole, Conrad fait un signe d'assentiment. Juan les appelle ; ils viennent. — Il répond à leur salut en s'inclinant légèrement, mais ses lèvres restent muettes. « Chef, ces lettres viennent de l'espion grec qui nous avertit de l'approche d'une prise ou d'un danger. Quelles que soient ces nouvelles, nous pouvons dire que... » — « Silence ! silence ! » — Il met fin à leur babil. Interdits, ils se détournent, et se communiquent à voix basse leurs conjectures. Leurs regards furtifs cherchent à lire dans ses yeux l'impression que lui fait éprouver la lecture de cette missive ; comme s'il devinait leur intention, soit fierté, soit afin de leur dérober son émotion ou ses inquiétudes, il détourne la tête pour lire. — « Mes tablettes, Juan, ; écoute, — où est Gonzalvo ? » — « A bord du navire à l'ancre. » — « Qu'il y reste. — Porte-lui cet ordre. — Retournez à vos postes. — Préparez-vous à partir avec moi : c'est moi qui vous commande cette nuit. » — « Cette nuit ! seigneur Conrad ? » — « Oui, au coucher du soleil. Vers ce soir, la brise soufflera. Mon corselet, — mon manteau ; — une heure, et nous partons. Prends ton cor. Qu'il n'y ait pas de rouille à la batterie de ma carabine, et qu'elle ne trompe pas mon attente ; qu'on aiguise mon sabre d'abordage, et que la garde en soit élargie. Que l'armurier s'en occupe sur-le-champ ; la dernière fois il a plus fatigué mon bras que n'a fait l'ennemi. Veille à ce que le canon de signal soit tiré exactement pour nous avertir quand l'heure qui nous reste sera expirée. »
VIII.
Ils s'inclinent et s'éloignent à la hâte pour retourner bientôt sur le liquide abîme : mais ils n'en murmurent pas, — car c'est Conrad qui les guide ; et qui oserait mettre en question ce qu'il a décidé ? Homme de solitude et de mystère, il est rare qu'on le voie sourire, qu'on l'entende soupirer ; son nom inspire l'effroi aux plus farouches de sa troupe, et fait pâlir leurs fronts basanés ; il gouverne leur âme avec ce tact d'un esprit supérieur qui éblouit, domine le vulgaire, et lui impose. Quelle est cette magique puissance que ces hommes sans lois reconnaissent et envient, mais à laquelle ils ne peuvent résister ? Qui peut enchaîner ainsi leur confiance ? Le pouvoir de la pensée ! — la magie de l'âme ! ce pouvoir conquis par le succès et habilement conservé, qui fait servir à sa volonté la faiblesse des autres, emploie leurs bras comme des instruments sans qu'ils s'en doutent, et s'approprie leurs plus brillants exploits. Il en a toujours été, il en sera toujours ainsi sous le soleil ; toujours le grand nombre travaillera au bénéfice d'un seul ! C'est la loi de la nature. — Mais que le malheureux qui travaille n'accuse pas et ne haïsse pas celui qui recueille le fruit de ses sueurs. Oh ! s'il connaissait le poids des chaînes splendides, comme son humble infortune lui paraîtrait légère !
IX.
Différent des anciens héros, démons dans leurs actes, mais dieux du moins par le visage, les traits de Conrad n'ont rien qui commande l'admiration, quoique ses noirs sourcils ombragent des yeux étincelants. Il est robuste, sans être d'une vigueur herculéenne ; il n'a rien de gigantesque, sa taille ne dépasse pas la proportion ordinaire. Cependant, aux yeux de l'observateur attentif, il y a dans l'ensemble de sa personne quelque chose qui les distingue de la foule. Ce que c'est, on l'ignore ; mais cette impression n'en est pas moins réelle, quoiqu'on cherche vainement à se l'expliquer. Le soleil a bruni ses joues ; son front haut et pâle est voilé par les boucles nombreuses de sa noire chevelure ; souvent le mouvement de sa lèvre supérieure révèle malgré lui des pensées hautaines qu'il réprime, mais ne peut entièrement dissimuler. Sa voix est douce, sa contenance calme ; pourtant on voit qu'il passe en lui quelque chose qu'il voudrait cacher. Les lignes profondes de ses traits et les couleurs mobiles de son visage attiraient parfois l'attention, et confondaient les conjectures, comme si cet abîme ténébreux de sa pensée couvait des sentiments terribles et indéfinissables ; cela était peut-être, mais personne ne le pouvait dire, tant son regard sévère était prompt à réprimer toute investigation trop puissante. Peu d'hommes pouvaient soutenir le choc de son oeil pénétrant. Quand les yeux de la ruse essayaient de sonder son coeur et de pénétrer les mouvements changeants de son visage, il avait l'art de déjouer les projets de l'observateur, et le forçait de reporter son attention sur lui-même, dans la crainte de dévoiler à Conrad quelque pensée cachée au lieu de lui arracher le secret des siennes. Il y avait comme un démon dans son rire, qui soulevait des émotions de rage et de crainte ; et lorsqu'on avait lu la haine dans son regard sinistre, il fallait dire adieu à l'espérance et à la pitié.
X.
Les signes extérieurs par lesquels se manifestent les passions mauvaises sont difficiles à saisir. C'est intérieurement, — intérieurement que travaillait le génie du mal. L'Amour trahit tous les sentiments divers qui l'agitent. — La Haine, l'Ambition, la Fraude, ne se manifestent que par un sourire amer ; c'est à peine si une imperceptible contraction des lèvres, une pâleur légère répandue sur des traits étudiés, annoncent la présence des passions profondes ; pour les examiner et les juger, il faut les voir sans être vu. Alors — dans ces cas précipités, ces yeux levés en l'air, ces poings fermés, ces pauses douloureuses d'un homme qui écoute en tressaillant si quelque importun ne vient pas troubler sa redoutable solitude ; alors — dans ces traits qui reproduisent les angoisses du coeur, dans ces sentiments qui éclatent, non pour disparaître, mais pour se fortifier encore ; ces sentiments — convulsifs, — contraires, — glacés ou brûlants, — qui enflamment la joue, ou couvrent le front d'une froide sueur, — dans tous ces signes, qui que tu sois, contemple, si tu le peux sans trembler, contemple son âme, — vois-le dans son repos, alors que le sommeil vient adoucir sa destinée, vois — comme ce coeur solitaire et flétri est déchiré par la pensée corrosive d'un passé qu'il abhorre ! Vois... — Mais qui a jamais vu, qui verra jamais l'homme tel qu'il est, — les profondeurs de l'âme à découvert ?
XI.
Et pourtant la nature n'avait pas destiné Conrad à commander à des coupables, et à devenir l'instrument le plus redoutable du crime ; son âme avait subi de grandes altérations avant que ses actes l'entraînassent à déclarer la guerre à l'homme et à être félon envers le ciel. Le monde l'avait trompé ; il s'y était montré trop sage dans ses discours, trop insensé dans sa conduite ; trop ferme pour ployer, trop fier pour s'abaisser, ses vertus mêmes avaient contribué à le rendre dupe ; il les maudit comme la cause de ses malheurs, au lieu d'en accuser les perfides qui le trahissaient. Il oublia que dans le bien fait à des hommes meilleurs, il pourrait encore trouver le bonheur et les moyens de faire de nouveaux heureux. Craint, — repoussé, — calomnié avant que sa jeunesse eût perdu sa force, il haïssait trop les hommes pour connaître le remords, et, n'écoutant que la voix de son ressentiment, il se crut appelé à venger sur tous les torts de quelques-uns. Il se savait criminel, — mais il regardait les autres hommes comme n'étant pas meilleurs qu'on ne le croyait lui-même, et les plus sages d'entre eux lui paraissaient des hypocrites qui cachaient ce que de plus hardis faisaient ouvertement. Il se savait détesté, mais il savait que ceux qui ne l'aimaient pas tremblaient et le redoutaient du moins. Solitaire, farouche, bizarre, il n'inspirait à personne ni affection ni mépris ; son nom pouvait affliger, ses actes surprendre, mais ceux qui le craignaient n'osaient pas le mépriser ; l'homme foule aux pieds le vermisseau, mais il y regarde avant d'éveiller le venin endormi du serpent roulé en longs anneaux ; le premier se retournera peut-être, mais il ne se vengera pas ; le dernier meurt, mais il ne laisse point après lui son ennemi vivant ; il l'étreint dans ses redoutables noeuds ; on peut l'écraser, non le vaincre, et son dard donne la mort !
XII.
Dans l'homme, le mal n'est jamais sans mélange de bien : — se ravivant au coeur de Conrad, un sentiment plus doux n'avait pas encore voulu le quitter. Maintes fois il s'était raillé de ceux qui se laissent enchaîner par une passion digne d'un insensé ou d'un enfant ; et pourtant ce fut en vain qu'il voulut s'en garantir, et chez lui aussi cette passion méritait le nom d'amour. Oui, c'était de l'amour, un amour constant, immuable, éprouvé, pour une seule femme dont rien n'avait pu le détacher. Chaque jour, de belles captives s'offraient à ses regards ; sans les chercher ni les fuir, il passait froidement devant elles ; dans son île plus d'une beauté pleurait sa liberté perdue, aucune n'avait pu lui surprendre un moment de faiblesse. Oui, c'était de l'amour, si l'on doit ce nom à une tendresse éprouvée par les tentations, fortifiée par le malheur, demeurée ferme dans tous les climats, qui avait résisté à l'absence, et, — chose plus rare encore, — que le temps n'avait pu lasser ; ses espérances déçues, ses projets renversés, ne pouvaient l'attrister en présence de son sourire ; devant elle tombait sa colère, et les douleurs de la maladie n'avaient pu lui arracher contre elle le plus léger signe d'impatience et d'humeur ; toujours il la revoyait avec joie et la quittait avec calme, de peur que son air chagrin n'allat jusqu'à son coeur ; cette tendresse, que rien n'avait interrompue ni menacé d'interrompre, c'était certes de l'amour, — s'il en fut jamais sur la terre ! Il était criminel, — il méritait tous les reproches ; — mais son amour était pur ; de toutes ses vertus, il n'avait conservé que celle-là, et le crime lui-même n'avait pu éteindre dans son coeur ce sentiment si doux.
XIII.
Il s'arrêta un moment, jusqu'à ce que ses soldats, se dirigeant à la hâte vers la vallée, eussent passé le premier détour du sentier : « Etranges nouvelles ! — J'ai traversé bien des périls, et je ne sais pourquoi celui-ci me semble devoir être le dernier ! Mon coeur me le dit ; mais la crainte ne m'arrêtera pas, et mes compagnons ne me verront pas reculer devant ce nouveau danger. Il y a de la témérité à aller au-devant de l'ennemi ; mais notre perte est assurée si nous attendons ici la mort qu'on nous prépare. Mon plan est hardi ; mais si la Fortune nous sourit, nous aurons des pleurs à nos funérailles. Oui, — qu'ils dorment, — que leurs rêves soient paisibles : l'aurore ne fit jamais luire à leur réveil de plus brillants rayons que ceux que je leur prépare si la brise me seconde, et qui vont cette nuit réchauffer ces tardifs vengeurs des mers. Allons prendre congé de Médora. — O mon coeur défaillant ! puisse le sien ne ressentir de longtemps le poids qui t'oppresse ! Et cependant il fut un temps où j'étais brave ! — orgueil insignifiant ici où tout le monde est brave. Les insectes eux-mêmes ont un aiguillon pour défendre ce qui leur est cher ; ce courage vulgaire que nous partageons avec les animaux, qui doit au désespoir ses plus redoutables efforts, mérite à peine qu'on en parle ; — mais j'ai ambitionné une plus noble gloire : j'ai voulu apprendre à ceux que je commande comment le courage peut balancer le nombre ; j'ai longtemps marché à leur tête, — et leur sang n'a point coulé en vain ; ici, point de milieu : il faut périr ou vaincre ! Eh bien ! soit. — Ce qui me répugne, ce n'est pas de mourir, c'est de les conduire à des périls auxquels la fuite ne pourra pas les soustraire. Jusqu'ici mon sort m'a bien rarement occupé, mais mon orgueil s'indigne de me voir ainsi pris au piège. A quoi auront abouti mon habileté et mes ruses ? à tout risquer sur une seule carte, espoir, puissance, vie ! O destin ! — Accuse ta folie et non le destin ! — Il peut te sauver encore ; il n'est pas trop tard. »
XIV.
C'est ainsi qu'il s'entretenait avec lui-même, jusqu'à ce qu'enfin il atteignit le sommet de sa colline, qu'une tour couronnait. Il s'arrêta avant de franchir le péristyle ; — car il entendit les accents mélancoliques et doux de cette voix qu'il ne pouvait se lasser d'entendre ; à travers la haute jalousie vibraient ces sons lointains, mais ravissants, et voici ce que chantait l'oiseau de beauté :
1.
Ce tendre sentiment, en mon âme il habite,
Et je le cache à tous les yeux,
Si ce n'est quand mon coeur auprès du tien palpite,
Puis redevient silencieux.
2.
Un invincible feu, flamme éternelle et sombre,
Là brûle lentement comme sur un tombeau :
En vain le désespoir le couvre de son ombre,
Toujours il resplendit, inutile flambeau !
3.
Pense à moi ! lorsqu'auprès de ma tombe récente
Tu viendras à passer ; pense alors, pense à moi !
Il n'est plus qu'un malheur dont mon coeur s'épouvante,
C'est que mon souvenir ne plane plus sur toi.
4.
Pour la dernière fois ma voix résonne encore ;
On peut donner des pleurs à qui dort sans retour :
Une larme de toi, c'est tout ce que j'implore,
Seul prix, hélas ! de tant d'amour.
Il franchit le seuil, travers le corridor et entre dans l'appartement au moment où la dernière vibration expire : « Ma chère Médora ! en vérité, ton chant est plein de tristesse. »
« — Voudrais-tu qu'il fût gai dans l'absence de Conrad ? Quand tu n'es pas là pour m'entendre, ma pensée et mon âme se trahissent dans mes chants ; alors chacun de mes accents est l'écho de mon coeur, et ce coeur parlerait lors même que ma bouche serait muette. Oh ! combien de nuits, étendue sur cette couche solitaire, mon imagination alarmée a prêté aux vents les ailes de la tempête, et cru entendre dans la brise qui enflait doucement la voile le murmure avant-coureur des orageux aquilons ! Le souffle le plus doux me semblait une voix prophétique et sombre qui te pleurait flottant sur la vague cruelle ; alors je me levais pour ranimer la clarté du fanal, de peur que des mains infidèles ne laissassent expirer sa flamme ; et puis je passais des heures inquiètes à regarder les étoiles ; et le matin venait, — et tu étais loin encore. Oh ! comme alors la bise glaçait mon sein ! comme le jour était sinistre à ma vue troublé ! et cependant je continuais à regarder, et pas une voile à l'horizon n'était accordée à mes larmes, — à ma sollicitude, — à mon amour ! Enfin, — il était midi, — je découvris un mât, je le saluai avec transport ; — il s'approcha ; — hélas ! il passa outre. J'en vis venir un autre : — ô Dieu ! c'était enfin le tien ! Quand cesseront des jours si pénibles ? Mon cher Conrad ! ne veux-tu donc jamais goûter un bonheur tranquille et sûr ? Tu as certainement plus de richesses qu'il ne t'en faut, et plus d'une patrie aussi brillante que celle-ci nous invite à ne plus errer : tu sais que ce n'est pas le péril que je redoute, je ne tremble que lorsque tu n'es pas ici ; et ce n'est pas pour ma vie, mais pour la tienne, cent fois plus chère. Mais tu fuis l'amour, et ne soupires qu'après les combats ; chose étrange ! que ce coeur, qui pour moi est encore si tendre, lutte contre la nature et ses plus doux penchants ! »
« — Oui, étrange en effet. Il y a longtemps que ce coeur est changé ; foulé aux pieds comme le ver impuissant, il s'est vengé comme le serpent ; il ne lui reste sur terre d'espoir que dans ton amour, et il ose à peine entrevoir dans le ciel une lueur de pardon. Mais ces sentiments que tu condamnes font partie de mon amour ; ma tendresse pour toi, ma haine pour les hommes, sont tellement inséparables que je cesse de t'aimer si je cesse de les haïr. Cependant, ne crains rien, — le passé te garantit dans l'avenir la durée de mon amour. Mais, — ô Médora ! que ton coeur se résigne à ce nouvel effort : à l'instant même, — mais pour un temps fort court, — il faut que je te quitte. »
« — Quoi ! tu me quittes ! et à l'instant ! Mon coeur l'avait pressenti : ainsi s'évanouissent toujours mes rêves de bonheur. A l'instant nous séparer ! — mais cela est impossible ! — un de tes navires vient à peine de jeter l'ancre dans la baie ; l'autre est encore absent ; l'équipage a besoin de repos avant de braver de nouvelles fatigues. Mon ami ! tu t'amuses de ma faiblesse ; tu veux fortifier d'avance mon coeur contre une séparation à venir ; mais ne te joue plus de ma douleur ; il y a dans ce badinage moins d'enjouement que d'amertume. N'en parlons plus, Conrad ! — mon bien-aimé ! viens prendre le repas que mes mains t'ont préparé ; douce occupation que de pourvoir aux besoins de ta table frugale ! Vois ! j'ai cueilli les fruits qui m'ont paru devoir être les plus exquis, et quand ma main hésitait dans son choix, en ce doux embarras, j'ai donné la préférence aux plus beaux ; trois fois mes pas ont fait le tour de la colline pour trouver l'onde la plus fraîche ; va ! ton sorbet ce soir sera délicieux ; vois comme il pétille dans son vase de neige ! Le jus enivrant de la treille ne réjouit jamais ton coeur ; quand la coupe paraît, tu es plus qu'un musulman ; mais je ne t'en blâme pas : je me réjouis de cette sobriété de goûts que d'autres regardent comme une privation pénible. Mais viens ! la table est mise ; notre lampe d'argent est allumée et ne craint pas le sirocco humide : mes femmes et moi nous formerons des danses, ou nous te feront entendre le concert de nos voix ; ou bien je prendrai ma guitare, dont tu aimes les accords ; j'essaierai d'en tirer des sons qui te plaisent ; — ou si son harmonie offense tes oreilles, nous lirons ensemble dans l'Arioste les malheurs et l'abandon de la belle Olympie (2). Certes, si tu me quittais maintenant, tu serais plus coupable que celui qui manqua de foi à cette beauté trompée, ou que ce héros parjure qui... — Je t'ai vu sourire quand, par un ciel sans nuage, je te montrais l'île d'Ariane, qu'on découvre du haut de ces rocs, et lorsque, moitié en plaisantant, moitié effrayée de voir ce doute se réaliser un jour, je te disais : « C'est ainsi que Conrad me quittera pour ne plus revenir ! » — Et Conrad m'a trompée, car — il est revenu. »
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« — Il reviendra toujours, oui, toujours, ma bien-aimée ! Tant qu'il y aura pour lui de la vie sur la terre, de l'espérance au ciel, il reviendra. Mais le temps fuit d'une aile rapide, et le moment, de nous quitter s'approche. Pourquoi je pars, où je vais, c'est ce qu'il ne te servirait de rien de savoir, puisque tout doit se terminer par ce mot déchirant : — Adieu ! Cependant, si j'en avais le temps, je te ferais part de tout, — Sois sans crainte, — les ennemis que je vais combattre ne sont pas redoutables ; notre île sera gardée par des guerriers plus nombreux que de coutume, prêts à la garantir d'une surprise et à soutenir un long siège. Je ne te laisse point seule ; pendant mon absence, nos matrones et tes femmes resteront près de toi ; console-toi en pensant que, lorsque nous nous reverrons, la sécurité rendra notre repos plus doux. Ecoute ! — j'entends le son du cor ! — c'est Juan qui donne le signal du départ. — Un baiser ! — un autre, — encore un. — Oh ! adieu ! »
Elle se lève, s'élance, et s'attache à son embrassement. Le coeur de Conrad est oppressé ; il n'ose relever vers les siens ces beaux yeux d'azur, baissés dans les angoisses d'une douleur sans larmes. Le long des bras qui la soutiennent flotte dans un sauvage désordre sa longue chevelure blonde. C'est à peine si Conrad sent battre ce coeur où règne son image, que l'excès même du sentiment a rendu presque insensible. Ecoutez ! c'est la voix tonnante du canon qui donne le signal. Il annonce que le soleil se couche, et Conrad maudit le soleil. Il presse encore, il presse comme un insensé cette femme qui l'étreint, silencieuse, et le caresse, suppliante. D'un pas chancelant, il porte Médora sur sa couche, la contemple un moment, comme s'il ne devait plus la revoir ; — il sent que pour lui il n'y a qu'elle sur la terre, imprime un baiser sur son front glacé, — s'éloigne. — Est-il parti, Conrad ?
XV.
« Est-il parti ? » Question cruelle, trop souvent reproduite dans la solitude soudaine ! « Il n'y a qu'un moment encore, il était là ! et maintenant... » — Elle se précipite en dehors du péristyle, et c'est alors enfin que ses larmes coulent abondantes, larges, brillantes, rapides, à l'insu de celle qui les verse ; cependant ses lèvres refusent encore d'articuler le mot « Adieu ! » car dans ce mot fatal, quoi que nous puissions promettre, — espérer, — croire, — c'est le désespoir qui s'exhale. Déjà, dans chaque trait de ce visage immobile et pâle, la douleur a imprimé des traits que le temps ne peut plus en effacer. Le tendre azur de ces grands yeux pleins d'amour s'est glacé à force de regarder le vide ; mais tout à coup n'est-ce pas lui qu'ils aperçoivent encore, tout là-bas, bien loin ? Alors sa prunelle en délire se fond en eau, et semble nager à travers le voile noir et brillant de ses longs cils, humectés d'une rosée de tristesse qui se renouvellera souvent : « Il est parti ! » Elle porte sur son coeur ses mains convulsives, puis les élève suppliantes vers le ciel. Ses yeux se reportent vers l'Océan ; elle voit les vagues qui se gonflent et la voile qui se déploie. Elle n'a plus le courage de regarder ; elle rentre, l'âme navrée : « Ce n'est point un rêve ; — me voilà bien seule avec ma douleur ! »
XVI.
L'inflexible Conrad descend rapidement de roc en roc sans tourner la tête. Il tressaille chaque fois qu'un détour du sentier offre malgré lui à sa vue ce qu'il ne voudrait pas voir, sa demeure solitaire et charmante qui domine sur la hauteur, le premier objet qui, sur les flots, se présente à ses regards et salue son retour ; et cette femme, — étoile mélancolique et voilée de tristesse, astre de beauté dont les rayons l'éclairent au loin, il n'ose arrêter sur elle ni sa pensée ni ses regards. Là est pour lui le repos, — mais sur le bord du précipice. Un moment il est tenté de s'arrêter, et de donner aux vagues ses projets, au hasard sa destinée ; mais non, cela ne sera pas : un chef digne de commander peut s'attendrir ; il ne cède pas aux pleurs d'une femme. Il voit son navire, remarque combien le vent est favorable, et rappelle à lui toutes les forces de son âme ; il reprend sa marche précipitée, et lorsque arrivent à son oreille le tumulte confus de la plage, les cris, les signaux, le bruit des rames ; quand ses yeux aperçoivent le mousse au haut du mât, l'ancre qu'on lève, la voile qui se déploie, les mouchoirs qu'agitent les mains de la foule, muets adieux à ceux qui vont affronter les flots ; mais surtout quand son rouge pavillon a frappé sa vue, alors il s'étonne que son coeur ait été si faible ; son regard s'enflamme, son sang bouillonne, il est redevenu lui-même ; il bondit, — il vole, — jusqu'à ce que ses pas aient atteint l'endroit où se termine le roc, où la plage commence. Là il s'arrête, moins pour respirer la fraîcheur de la brise que les flots lui envoient que pour reprendre sa dignité accoutumée, et ne pas se présenter aux regards des siens dans le désordre d'une marche précipitée ; car Conrad avait appris à gouverner la multitude par ces artifices qui servent de voile et souvent même de bouclier à l'orgueil. Il avait de la dignité dans le port, et cet air de réserve qui semble éviter les regards et commander le respect et la crainte ; il avait l'aspect imposant, et ce coup d'oeil haut et fier qui repousse la familiarité indiscrète sans néanmoins manquer de courtoisie ; c'est par ces moyens qu'il se conciliait l'obéissance. Mais cherchait-il à plaire ? Il savait ployer avec tant d'art que sa douceur chassait la crainte dans ceux qui l'écoutaient ; toute l'amabilité des autres ne pouvait égaler le charme de sa parole, et il y avait une puissance irrésistible dans les sons graves et tendres de cette voix qui semblait partir du coeur. Mais ce n'était pas là son allure ordinaire ; il cherchait bien plus à dompter qu'à persuader ; les mauvaises passions de sa jeunesse l'avaient habitué à faire moins de cas de l'affection que de l'obéissance.
XVII.
Sa garde se range à ses côtés ; Juan est debout devant lui. — « Tous nos hommes sont-ils prêts ? » — « Tous sont déjà embarqués : la dernière chaloupe n'attend plus que notre chef. » — « Mon épée et mon manteau ! » Aussitôt son épée est à sa ceinture et son manteau sur ses épaules. « Faites venir Pédro ! » Il vient. — Conrad s'incline avec toute la politesse dont il daigne honorer ses amis : « Reçois ces tablettes et lis-les avec soin, elles contiennent des instructions importantes. Que la garde soit doublée, et quand le vaisseau d'Anselme sera de retour, dis-lui de se conformer de point en point à ces ordres. Dans trois jours, si le vent nous est propice, le soleil éclairera notre retour ; — jusque-là, que la paix soit avec toi ! » Il dit, serre la main du pirate son collègue, puis s'élance fièrement dans la chaloupe. La rame entr'ouvre les vagues, et à chacun de ses coups jaillissent des étincelles phosphoriques. On aborde le vaisseau. — Conrad est debout sur son tillac ; — le sifflet fait entendre ses sons aigus ; — les matelots exécutent la manoeuvre. — Il remarque la promptitude avec laquelle son navire obéit au gouvernail, l'agilité et l'adresse de l'équipage, — et daigne en témoigner sa satisfaction. Il tourne vers le jeune Gonzalve des yeux approbateurs. — Pourquoi a-t-il tout à coup tressailli ? Quelle soudaine tristesse a paru le saisir ? Hélas ! sa tour, du haut de son rocher, a frappé ses regards, et le souvenir des adieux s'est réveillé en lui. Sa Médora, — en ce moment, contemple-t-elle le vaisseau ? Ah ! jamais il n'a mieux senti combien elle lui est chère ! Mais il lui reste beaucoup à faire avant que le jour paraisse. — Il rappelle son courage, se détourne, et descend avec Gonzalve dans la cabine pour lui communiquer son plan, ses moyens — et son but ; une lampe les éclaire ; devant eux est une carte marine avec tous les instruments nécessaires à la science navale. Leur entretien se prolonge jusqu'à minuit ; des yeux que l'inquiétude tient éveillés ne s'aperçoivent pas de la fuite des heures. Cependant, poussé par le souffle propice de la brise, le vaisseau vole sur les ondes avec la rapidité du faucon. Il traverse un groupe d'îles ; il en double les hauts promontoires, et bien avant l'aube il arrive en vue du port. Là, dans une étroite baie, les corsaires découvrent la flotte du pacha ; ils comptent ses galères, et remarquent l'imprudente sécurité des musulmans endormis. Le vaisseau de Conrad passe devant leur flotte sans en être remarqué, et va tranquillement jeter l'ancre à l'endroit qu'il a choisi pour son embuscade, abrité derrière la saillie d'un cap qui élève dans les airs sa figure âpre et fantastique. Alors les corsaires, qui ne se sont point livrés au sommeil, se préparent à agir, également prêts à combattre sur la terre ou sur les flots ; Conrad, appuyé sur le bord du navire, penché sur le gouffre écumant, parle avec calme, — et pourtant il parle de combats et de sang !
Chant Ier. — Chant II. (Suivant) — Chant III.
La durée de l'action du poëme pourra paraître trop restreinte eu égard au nombre des évènements qui y sont accumulés ; mais toutes les îles de la mer Egée ne sont qu'à quelques heures de distance du continent, et le lecteur voudra bien prendre le vent comme je l'ai souvent trouvé moi-même. [Retour]
Voir le Roland furieux, chant X. [Retour]