Lord George Gordon BYRON, drames
Traduction française de B. Laroche
Édition de 1847, Victor LECOU libraire-éditeur

 

CAÏN (1821),
Mystère en trois actes.

 


ACTE TROISIEME
 

SCENE Ière.

Les environs d'Eden, comme dans le premier acte.

Arrivent CAÏN et ADAH.

  ADAH. Chut !... Marche doucement, Caïn.

  CAÏN. Volontiers... Mais pourquoi ?

  ADAH. Notre petit Enoch dort sur ce lit de feuilles, à l'ombre du cyprès.

  CAÏN. Le cyprès !... C'est un arbre de tristesse qui semble pleurer sur les objets qu'il couvre de son ombre. Quelle raison te l'a fait choisir pour abriter notre enfant ?

  ADAH. Parce que ses branches interceptent le soleil, comme le ferait la nuit. C'est pour cela qu'il m'a semblé propre à voiler le sommeil.

  CAÏN. Oui, le dernier — et le plus long sommeil (1). — N'importe, — mène-moi vers lui. (Ils s'approchent de l'enfant.) Qu'il est charmant ! Le pur incarnat de ses petites joues rivalise avec les feuilles de roses dont sa couche est semée.

  ADAH. Et ses lèvres, comme elles sont gracieusement entr'ouvertes ! Non, tu ne le baiseras pas maintenant ! Attends un peu : il va bientôt s'éveiller ; — son sommeil de midi ne tardera pas à finir. Mais, jusque-là ce serait dommage de troubler son repos.

  CAÏN. Tu as raison : jusqu'à son réveil, je contiendrai mon coeur. Il sourit et dort !... — Dors et souris, mon enfant, jeune héritier d'un monde presque aussi jeune que toi ! dors et souris ! Heureux âge, où les heures et les jours rayonnent de joie et d'innocence ! Toi, tu n'as pas cueilli le fruit fatal, — tu ne sais pas que tu es nu ! Doit-il venir un temps où tu seras puni pour des fautes inconnues, qui ne furent ni les tiennes ni les miennes ?... Mais dors, maintenant !... Un sourire plus vif colore ses joues et ses paupières brillantes, qui tremblent abaissées sur ses longs cils, aussi noirs que le cyprès qui balance sur lui son ombrage, et à travers ce voile rit, jusque dans son sommeil, le transparent azur de ses yeux ! Sans doute, il rêve... — De quoi ? Du paradis ? — Oui, rêve du paradis, enfant déshérité ! Ce n'est qu'un rêve ; car jamais plus ni toi, ni tes fils, ni tes pères, n'entreront dans ce lieu de délices, qui leur est interdit !

  ADAH. Cher Caïn ! ne murmure pas auprès de ton fils ces douloureux regrets du passé ! Pleureras-tu donc toujours le paradis ? Ne pouvons-nous pas nous en créer un autre ?

  CAÏN. Où ?

  ADAH. Ici, partout où tu voudras : où tu es, je ne sens pas l'absence de cet Eden tant regretté. Ne t'ai-je pas ? n'ai-je pas notre père, notre frère, Zillah notre soeur chérie, et notre Eve enfin, à qui nous devons tant, outre notre naissance ?

  CAÏN. Oui, — la mort est du nombre des bienfaits que nous lui devons.

  ADAH. Caïn, cet orgueilleux esprit qui t'a emmené avec lui t'a rendu plus sombre encore. J'avais espéré que les merveilles qu'il t'avait promis de te montrer, et que, dis-tu, il t'a fait voir, ces visions des mondes présents et passés, auraient donné à ton âme le calme de la science satisfaite ; mais je vois que ton guide t'a fait du mal. Cependant je le remercie, et peux tout lui pardonner, puisqu'il t'a si tôt rendu à nous.

  CAÏN. Si tôt ?

  ADAH. Tu as à peine été absent deux heures : deux longues heures pour moi, mais deux heures seulement d'après le soleil.

  CAÏN. Et cependant je me suis approché de ce soleil, j'ai vu des mondes qu'il a éclairés et qu'il n'éclairera plus, et d'autres sur lesquels il n'a jamais brillé. Il me semblait que mon absence avait duré des années.

  ADAH. A peine des heures.

  CAÏN. En ce cas, l'esprit a une mesure à lui pour le temps : il le calcule par ce qu'il voit d'agréable ou de pénible, de petit ou de grand. J'avais vu les oeuvres immémoriales d'êtres infinis ; j'avais vu passer sous mes yeux des mondes éteints, et, en contemplant l'éternité, il me semblait avoir emprunté quelque chose de son immensité ; mais maintenant je sens de nouveau ma petitesse. L'esprit avait raison de dire que je n'étais rien.

  ADAH. Pourquoi a-t-il dit cela ? Jéhovah ne l'a point dit.

  CAÏN. Non, il se contente de nous faire le rien que nous sommes, et, après avoir laissé entrevoir à la poussière Eden et l'immortalité, il la réduit de nouveau à n'être plus que poussière. — Pourquoi ?

  ADAH. Tu le sais, — à cause de la faute de nos parents.

  CAÏN. Que nous fait cette faute, à nous ?... Ils ont péché, qu'ils meurent !

  ADAH. Ce que tu viens de dire n'est pas bien... Cette pensée ne vient pas de toi, mais de l'esprit qui était avec toi. Plût au ciel qu'ils pussent vivre, et moi mourir pour eux !

  CAÏN. J'en dis autant, — pourvu qu'une victime satisfasse l'être insatiable de vie, pourvu que ce petit dormeur aux joues vermeilles ne connaisse jamais ni la mort ni les afflictions humaines, et n'en transmette pas l'héritage à ceux qui naîtront de lui.

  ADAH. Que savons-nous si quelque jour une expiation de ce genre ne rachètera pas notre race ?

  CAÏN. En sacrifiant l'innocent pour le coupable ? quelle expiation serait-ce ?... Nous sommes innocents, nous : qu'avons-nous fait ? pourquoi serions-nous victimes d'une action commise avant notre naissance ? ou comment des victimes seraient-elles nécessaires pour expier ce péché mystérieux et sans nom, — si toutefois c'est un péché si grand que d'aspirer à connaître ?

  ADAH. Hélas ! tu pèches maintenant, mon cher Caïn ! Tes paroles ont quelque chose d'impie à mon oreille.

  CAÏN. Alors, laisse-moi !

  ADAH. Jamais !... quand ton Dieu lui-même te laisserait.

  CAÏN. Dis-moi, que vois-je ici ?

  ADAH. Deux autels élevés par notre frère Abel, pendant ton absence, pour y offrir à ton retour un sacrifice à Dieu.

  CAÏN. Et comment savait-il que je serais disposé à prendre part aux offrandes que, d'un front soumis dont la lâche humilité indique moins d'adoration que de crainte, il présente chaque jour au Créateur pour capter sa bienveillance ?

  ADAH. Assurément il fait bien.

  CAÏN. Un seul autel peut suffire : je n'ai point d'offrande.

  ADAH. Les productions de la terre, les fleurs nouvelles, les fruits, ce sont là des offrandes agréables au Seigneur, quand elles sont présentées par un coeur doux et contrit.

  CAÏN. J'ai travaillé, j'ai cultivé la terre à la sueur de mon front, conformément à la malédiction... — Cela ne suffit-il pas ? Pourquoi serais-je doux ? parce qu'il me faut faire la guerre aux éléments avant qu'ils nous livrent le pain que nous mangeons ?... Pourquoi serais-je reconnaissant ? parce que je suis poussière, et que je rampe dans la poussière jusqu'à ce que je sois rendu à la poussière ?... Si je ne suis rien, — dois-je offrir sans motif des actions de grâces hypocrites, et me montrer satisfait de souffrir ? De quoi serais-je contrit ? du péché de mon père, déjà expié par ce que nous avons tous subi et par ce que doit subir encore notre race dans les siècles prédits ? Ce petit enfant qui dort ne se doute pas qu'il porte en lui le germe du malheur de générations sans nombre... Mieux vaudrait que ma main le saisit dans son sommeil et le brisât contre ces rochers, que de le laisser vivre pour...

  ADAH. O mon Dieu ! ne touche pas l'enfant, — mon enfant, — ton enfant, ô Caïn !

  CAÏN. Ne crains rien... Pour tous les astres, pour toute la puissance qui les dirige, je ne voudrais pas faire éprouver à cet enfant un contact plus rude que le baiser d'un père !

  ADAH. Pourquoi donc ta parole est-elle si terrible ?

  CAÏN. Je disais que mieux vaudrait pour lui de cesser de vivre que de donner le jour à toutes les douleurs qui l'attendent, et, ce qui est plus cruel encore, qu'il doit léguer à ses descendants. Mais puisque cette parole te contrarie, je dirai seulement : — Mieux eût valu qu'il ne fût jamais né.

  ADAH. Oh ! ne dis pas cela !... Où seraient alors les joies d'une mère, le bonheur de le veiller, de le nourrir, de l'aimer ? Chut ! il s'éveille. Charmant Enoch ! (Elle s'approche de l'enfant.) O Caïn ! regarde-le ! vois comme il est plein de vie, de force, de santé, de beauté et de joie ! comme il me ressemble, — et à toi aussi, quand tu es paisible ! car alors nous sommes tous semblables, n'est-ce pas, Caïn ? Mère, père, fils, nos traits se réfléchissent les uns dans les autres, comme dans l'onde limpide, quand elle est paisible, et quand tu es paisible. Aime-nous donc, mon cher Caïn, et aime-toi pour l'amour de nous, car nous t'aimons ! Vois ! comme il rit ! comme il étend ses petits bras ! comme il ouvre tout grand ses yeux bleus et les tient fixés sur les tiens, pour faire accueil à son père, pendant que son petit corps s'agite comme si la joie lui donnait des ailes ! Que parles-tu de douleur ? Les chérubins, sans enfants, pourraient envier les jouissances d'un père. Bénis-le, Caïn ! Il n'a point encore de paroles pour te remercier, mais son coeur te remerciera, et le tien aussi.

  CAÏN. Enfant, je te bénis, si la bénédiction d'un mortel peut t'être utile et te garantir de la malédiction du serpent !

  ADAH. Elle l'en garantira. Sans doute la subtilité d'un reptile ne saurait prévaloir contre la bénédiction d'un père.

  CAÏN. J'en doute, mais je ne le bénis pas moins.

  ADAH. Notre frère vient.

  CAÏN. Ton frère Abel ?

Entre ABEL.

  ABEL. Salut, Caïn, mon frère ! la paix de Dieu soit avec toi !

  CAÏN. Abel, salut !

  ABEL. Ma soeur m'a dit que tu as eu un entretien secret avec un esprit, et que tu l'as accompagné bien au delà du rayon que nous avons l'habitude de parcourir dans nos promenades. Etait-ce l'un de ces esprits que nous avons vus, et avec qui nous avons conversé comme nous ferions avec notre père ?

  CAÏN. Non.

  ABEL. Pourquoi, alors, t'entretenir avec lui ?... Ce peut être un ennemi du Très-Haut.

  CAÏN. Et un ami de l'homme. S'est-il montré tel à notre égard, le Très-Haut, — puisque c'est ainsi que tu l'appelles ?

  ABEL. Que tu l'appelles !... Tes paroles sont étranges aujourd'hui, mon frère. — Adah, ma soeur, laisse-nous un moment... — Nous avons un sacrifice à faire.

  ADAH. Adieu, mon cher Caïn ; mais, d'abord, embrasse ton fils. Puissent son esprit innocent et le pieux ministère d'Abel te rendre le calme et une sainte sérénité ! (Adah sort avec son enfant.)

  ABEL. Où as-tu été ?

  CAÏN. Je n'en sais rien.

  ABEL. Qu'as-tu vu ?

  CAÏN. Ceux qui ne sont plus ; les mystères immortels, illimités, tout-puissants, accablants de l'espace ; les innombrables mondes qui ont existé et qui existent, un tourbillon d'objets si extraordinaires, soleils, lunes, terres, roulant autour de moi dans leurs sphères avec une tonnante harmonie, que je me sens incapable de me livrer à une conversation mortelle. Laisse-moi, Abel.

  ABEL. Une lumière surnaturelle brille dans tes yeux ; — une teinte surnaturelle colore tes joues ; — quelque chose de surnaturel résonne dans ta voix ; — que signifie cela ?

  CAÏN. Cela signifie... — Je t'en prie, laisse-moi.

  ABEL. Je ne te quitte pas que nous n'ayons prié et sacrifié ensemble.

  CAÏN. Abel, je t'en prie, sacrifie seul, — Jéhovah t'aime.

  ABEL. Il nous aime tous deux, j'espère.

  CAÏN. Mais tu es celui qu'il aime le mieux : cela m'est égal ; tu es plus propre à son culte que moi ; révère-le donc, — mais seul, — du moins sans moi.

  ABEL. Mon frère, je mériterais bien peu le nom de fils de notre père, si je ne le révérais comme mon ainé, si, dans le culte que nous rendons à Dieu, je ne t'appelais à te joindre à moi, et à me précéder dans l'exercice de ce sacerdoce : — c'est ton droit.

  CAÏN. Je ne l'ai jamais réclamé.

  ABEL. C'est ce qui m'afflige ; je te prie de le faire aujourd'hui ; ton âme semble placée sous l'influence de je ne sais quelle illusion puissante : cela te calmera.

  CAÏN. Non, rien ne peut plus me calmer ; que dis-je ! bien que j'aie vu le calme dans les éléments, mon âme ne l'a jamais connu. Mon Abel, quitte-moi, ou permets que je te laisse à ton pieux projet.

  ABEL. Ni l'un ni l'autre ; nous devons remplir notre tâche ensemble. Ne me refuse pas.

  CAÏN. Tu le veux ; eh bien, soit ! que faut-il que je fasse ?

  ABEL. Choisis l'un de ces deux autels.

  CAÏN. Choisis pour moi : à mes yeux ils ne sont que du gazon et des pierres.

  ABEL. Choisis toi-même !

  CAÏN. J'ai choisi.

  ABEL. C'est le plus grand ; il te convient comme à l'ainé. Maintenant, prépare ton offrande.

  CAÏN. Où est la tienne ?

  ABEL. La voici : les premiers nés du troupeau et leur graisse, humble offrande d'un berger.

  CAÏN. Je n'ai pas de troupeau ; je cultive la terre, et ne puis offrir que ce qu'elle accorde à mes sueurs, — ses fruits. (Il cueille des fruits.) Les voici dans tout leur éclat et toute leur maturité.

(Ils disposent leurs autels et y allument une flamme.)

  ABEL. Mon frère, comme l'ainé, offre le premier les prières et les actions de grâces qui doivent accompagner le sacrifice.

  CAÏN. Non, — je suis novice dans ces choses ; commence, je t'imiterai — comme je pourrai.

  ABEL (s'agenouillant). O Dieu ! qui nous a créés, qui a mis dans nos poitrines le souffle de la vie ; qui nous as bénis ; qui, après le péché de notre père, au lieu de perdre tous ses enfants, comme tu le pouvais, si la miséricorde dans laquelle tu te complais n'avait tempéré la justice, daignas nous accorder un pardon qui est un véritable paradis, vu l'énormité de nos offenses ; — unique roi de la lumière ! source de tout bien, de toute gloire, de toute éternité ; toi, sans qui tout serait mal, et avec qui rien ne peut faillir, à moins que ce ne soit dans quelque vue utile de ta bonté toute-puissante, — impénétrable, mais infaillible ; — accepte de ton humble serviteur, du premier des bergers, les prémices des premiers troupeaux. — Cette offrande par elle-même n'est rien ; — car quelle offrande pourrait être quelque chose à tes yeux ? accepte-la, néanmoins, comme l'hommage de la reconnaissance de celui qui, le front prosterné dans la poussière d'où il est sorti, offre ce sacrifice à la face du ciel, en ton honneur et à la gloire de ton nom, dans les siècles des siècles !

  CAÏN (debout). Esprit ! qui que tu sois, ou quoi que tu sois ; tout-puissant, peut-être ! — bon, je l'ignore ; c'est à tes actes à le prouver ! Jéhovah sur la terre, et Dieu dans le ciel ! peut-être as-tu d'autres noms encore, car tes attributs paraissent aussi nombreux que tes oeuvres ; — si ta faveur peut s'obtenir par des prières, accepte les nôtres ! si des autels peuvent concilier ta bienveillance, et un sacrifice te fléchir, en voici ! Deux êtres ont élevé pour toi ces autels. Si tu aimes le sang, il y en a sur l'autel du pasteur, à ma droite ; il a égorgé en ton honneur les premiers nés de son troupeau, dont les chairs immolées exhalent vers le ciel un sanguinaire encens. Si ces fruits au goût suave, aux couleurs vermeilles, doux produits de la clémence des saisons, étalés à la face du soleil qui les a mûris, sur ce gazon que le sang n'a point souillé ; si ces fruits peuvent te plaire, en ce sens qu'ils sont intacts dans leurs formes et leur vie, et sont un échantillon de tes ouvrages, plutôt qu'une offrande destinée à appeler ton regard sur les nôtres ; si un autel sans victime, un autel pur de sang, peut mériter ta faveur, regarde celui-ci ! Quant à celui dont la main l'a paré, il est ce que tu l'as fait, et ne demande rien de ce qu'on ne peut obtenir qu'en s'agenouillant ; s'il est méchant, frappe-le ! tu es tout-puissant, et tu le peux : quelle résistance pourrait-il t'opposer ? S'il est bon, frappe-le ou épargne-le, comme il te plaira ! puisque tout repose sur toi, et que le bien et le mal semblent n'avoir de pouvoir que dans ta volonté ; si c'est le bien ou le mal qui préside à cette volonté, je l'ignore, n'étant ni tout-puissant ni capable de juger la toute-puissance, mais condamné seulement à subir ses décrets que j'ai subis jusqu'ici.

(Le feu allumé sur l'autel d'Abel forme une colonne de flamme brillante
qui monte vers le ciel, pendant qu'un tourbillon renverse
l'autel de Caïn et disperse les fruits sur la terre.)

  ABEL. O mon frère ! prie ! Jéhovah est irrité contre toi !

  CAÏN. Pourquoi ?

  ABEL. Vois tes fruits jetés par terre et dispersés.

  CAÏN. Ils viennent de la terre, qu'ils y retournent ; leurs semences, avant que vienne l'été, produiront de nouveaux fruits. Ton offrande de chair brûlée reçoit un meilleur accueil ; vois comme le ciel aspire à lui la flamme quand elle est chargée de sang !

  ABEL. Ne pense pas à la manière dont mon offrande est agréée ; mais prépares-en une autre avant qu'il soit trop tard.

  CAÏN. Je n'éleverai plus d'autels, et ne souffrirai pas qu'il en soit élevé.

  ABEL. Caïn ! que prétends-tu ?

  CAÏN. Jeter bas ce vil flatteur des nuages, ce messager fumant de tes sottes prières, — cet autel teint du sang des agneaux et des chevreaux arrachés au lait maternel pour mourir égorgés !

  ABEL (se plaçant devant lui). Tu n'en feras rien ! N'ajoute pas l'impiété de tes actes à celle de tes paroles ! Cet autel restera debout. — Il est maintenant consacré par l'immortelle faveur de Jéhovah qui a daigné acepter mon offrande.

  CAÏN. Sa faveur ! à lui ! Le sublime plaisir qu'il prend à respirer la vapeur des chairs et du sang, peut-il être mis en balance avec la douleur de ces mères qui, par leurs bêlements, appellent encore leurs nourrissons, ou avec les angoisses des ignorantes victimes elles-mêmes sous le pieux couteau ? Ecarte-toi ; ce monument de sang ne restera pas debout à la face du soleil, pour faire honte à la création !

  ABEL. Mon frère, recule ! Tu ne porteras pas une main violente sur mon autel ; si tu veux tenter un autre sacrifice, libre à toi.

  CAÏN. Un autre sacrifice ! Retire-toi, ou ce sacrifice pourrait bien...

  ABEL. Où veux-tu en venir ?

  CAÏN. Eloigne, — éloigne-toi ! — Ton Dieu aime le sang ! — Prends y garde ! — Eloigne-toi, si tu ne veux qu'il lui en soit offert encore !

  ABEL. En son puissant nom, je m'interpose entre toi et l'autel que sa faveur a honoré.

  CAÏN. Si tu as souci de ta vie, écarte-toi jusqu'à ce que j'aie dispersé ce gazon sur son sol natal ; — sinon...

  ABEL (s'opposant à lui). J'aime Dieu beaucoup plus que ma vie.

  CAÏN (saisit un tison sur l'autel, et en frappe Abel sur les temps). Porte donc ta vie à ton Dieu, puisqu'il se complaît à l'immolation de la vie !

  ABEL (tombe). Qu'as-tu fait, mon frère !

  CAÏN. Mon frère !

  ABEL. O Dieu ! reçois ton serviteur, et pardonne à son meurtrier, car il n'a pas su ce qu'il faisait ! — Caïn, donne-moi, — donne-moi ta main ! et dis à la pauvre Zillah...

  CAÏN (après un moment de stupéfaction). Ma main ! elle est rougie ; et avec — quoi ?

(Long silence. — Il promène lentement ses regards autour de lui.)

  Où suis-je ? Seul ! Où est Abel ? Où est Caïn ? Se peut-il que ce soit moi ! Mon frère, éveille-toi ! Pourquoi restes-tu là, gisant sur le gazon ? Ce n'est pas l'heure du sommeil. — Pourquoi es-tu si pâle ? qu'as-tu ? — tu étais plein de vie ce matin ! Abel ! je t'en conjure, ne te joue pas de moi ! Je t'ai frappé trop rudement ; mais le coup n'est pas mortel. Ah ! pourquoi m'as-tu résisté ! Ceci est une feinte ; tu veux m'effrayer. — Je n'ai porté qu'un coup, — un seul coup. — Remue, — remue donc ! — de grâce, un seul mouvement ! Là, comme cela, — c'est bien ! — Tu respires ! que je sente ton souffle ! O Dieu ! ô Dieu !

  ABEL (d'une voix faible). Qui parle de Dieu ?

  CAÏN. Ton meurtrier.

  ABEL. Alors que Dieu lui pardonne ! Caïn, Console la pauvre Zillah : — elle n'a plus qu'un frère maintenant !         (Abel meurt.)

  CAÏN. Et moi, je n'en ai plus ! — qui m'a ravi mon frère ? Ses yeux sont ouverts ! il n'est donc pas mort ? La mort ressemble au sommeil, et le sommeil ferme nos paupières ; ses lèvres aussi sont entr'ouvertes : donc il respire ; et cependant je ne sens point sa respiration. — Son coeur ! — son coeur ! oh ! voyons s'il bat ! Il me semble... — Non ! — non ! il faut que ce soit une vision, ou que je sois devenu l'habitant d'un autre monde pire que celui-ci. La terre tourne autour de moi. — Qu'est ceci ! c'est humide.

(Il porte la main au front d'Abel, puis la regarde.)

  Et pourtant il n'y a pas de rosée ! c'est du sang, — mon sang, — le sang de mon frère et le mien, et répandu par moi ! Que me sert de vivre maintenant que j'ai arraché la vie à ma propre chair ? Mais il ne se peut pas qu'il soit mort ! Est-ce la mort que le silence ? non ; il s'éveillera ; veillons donc auprès de lui. La vie ne saurait être chose si fragile qu'on puisse la détruire si promptement ! — Depuis, il m'a parlé ; que lui dirai-je ? — Mon frère ! Non ; il ne répondra pas à ce nom, car des frères ne se frappent pas entre eux. N'importe, — n'importe, parle-moi ! oh ! une seule parole de ta douce voix, afin que je puisse supporter encore le son de la mienne !

ZILLAH survient.

  ZILLAH. J'ai entendu un bruit étrange ; qu'est-ce que cela peut être ? Eh quoi ! Caïn qui veille auprès de mon époux ! Que fais-tu là, mon frère ? dort-il ? O Ciel ! que signifient cette pâleur et ce sang ? — Non, non, ce n'est pas du sang ; car qui aurait pu verser son sang ? Il ne remue pas, il ne respire pas, et ses mains que je soulève retombent inanimées ! Ah ! cruel Caïn ! comment n'es-tu pas venu à temps pour le sauver ? qui que ce soit qui l'ait attaqué, tu étais le plus fort, tu devais te jeter entre lui et l'assaillant ! Mon père ! — Eve ! — Adah ! venez ! la mort est dans le monde !         (Zillah s'éloigne en appelant.)

  CAÏN (seul). Et qui l'a fait venir ? — moi, — qui abhorre à tel point le nom de la mort que l'idée seule empoisonnait ma vie avant que je connusse son aspect, — je l'ai amenée ici, et j'ai livré mon frère à son froid et silencieux embrassement, comme si elle avait eu besoin de mon aide pour revendiquer son inexorable privilège ! Enfin je suis réveillé, — un rêve funeste m'avait rendu insensé ; — mais lui, il ne s'éveillera plus !

Arrivent ADAM, EVE, ADAH et ZILLAH.

  ADAM. Les cris douloureux de Zillah m'ont amené ici. — Que vois-je ? — Il n'est que trop vrai ! — mon fils ! mon fils ! (A Eve.) Femme, contemple l'ouvrage du serpent et le tien !

  EVE. Oh ! ne parle point de cela maintenant ; le dard du serpent est dans mon coeur ! Mon bien-aimé Abel ! Jéhovah ! m'enlever mon fils ! Oh ! ce châtiment dépasse le crime d'une mère !

  ADAM. Qui a commis cet acte affreux ? — Parle, Caïn, puisque tu étais présent. Est-ce quelque ange ennemi qui ne communique pas avec Jéhovah, ou quelque sauvage habitant des forêts ?

  EVE. Ah ! un horrible trait de lumière m'apparaît comme la clarté de la foudre ! Ce tison énorme et sanglant arraché de l'autel, noirci par la fumée et rougi de...

  ADAM. Parle, mon fils ! parle, et donne-nous l'assurance que, toute grande qu'est notre infortune, nous n'avons pas à y joindre un malheur plus grand encore.

  ADAH. Parle, Caïn ! et dis que ce n'est pas toi !

  EVE. C'est lui ; je le vois maintenant ; — il baisse sa tête coupable, et couvre ses yeux féroces de ses mains ensanglantées !

  ADAH. Ma mère, tu l'accuses à tort. — Caïn ? justifie-toi de cette horrible accusation que la douleur arrache à notre mère.

  EVE. Entends-moi, Jéhovah ! que l'éternelle malédiction du serpent soit sur lui ! il était fait pour sa race plutôt que pour la nôtre ; que le désespoir remplisse tous ses jours ! que...

  ADAH. Arrête ! ne le maudis pas, ma mère, car il est ton fils ; — ne le maudis pas, ma mère, car il est mon frère et mon époux !

  EVE. Par lui tu n'as plus de frère, — Zillah plus d'époux, — moi plus de fils ! — Pour cela je le maudis et le bannis à jamais de ma présence ! je brise tous les liens qui nous unissaient, comme il a brisé ceux de sa nature dans ce... — O mort ! mort ! pourquoi ne m'as-tu pas prise, moi qui t'ai méritée la première ? pourquoi ne me prends-tu pas maintenant ?

  ADAM. Eve, que cette douleur naturelle ne t'entraîne pas jusqu'à l'impiété ! Un châtiment redoutable nous a été depuis longtemps prédit ; maintenant qu'il commence, supportons-le de manière à montrer à notre Dieu que nous sommes humblement soumis à sa volonté sainte.

  EVE (montrant Caïn). Sa volonté !!! dis plutôt la volonté de cet esprit incarné de la mort, que j'ai mis au monde pour qu'il semât la terre de cadavres ! Que toutes les malédictions de la vie soient sur lui ! que ses tortures le chassent dans le désert comme nous le fûmes d'Eden, jusqu'à ce qu'il soit traité par ses enfants comme il a traité son frère ! Puissent les épées et les ailes des chérubins irrités le poursuivre nuit et jour, — des serpents naître sous ses pas, — les fruits de la terre se transformer en cendre dans sa bouche, — les feuilles sur lesquelles il appuiera sa tête pour dormir être semées de scorpions ! puisse-t-il rêver de sa victime, et, à son réveil, trembler continuellement devant la mort ! Que l'onde limpide se change en sang dès qu'il en approchera sa lèvre impure et cruelle ! que tous les éléments le repoussent, et que pour lui leurs lois soient interverties ! qu'il vive dans les souffrances dont meurent les autres, et que la mort soit quelque chose de plus que la mort pour celui qui le premier la fit connaître à l'homme ! Hors d'ici, fratricide ! désormais ce mot sera remplacé par celui de Caïn dans toute la suite des générations humaines qui t'abhorreront, quoique leur père ! Puisse l'herbe se flétrir sous tes pas ! les bois te refuser leur ombre ! la terre un asile ! la poussière un tombeau ! le soleil sa lumière ! et le ciel son Dieu !

(Eve s'éloigne.)

  ADAM. Caïn ! retire-toi ; nous n'habiterons plus ensemble. Pars ! et laisse-moi le soin du mort. — Désormais je suis seul ; — nous ne devons plus nous revoir !

William Blake, Le corps d'Abel trouvé par Adam et Eve (1825)

  ADAH. Oh ! ne le quitte point ainsi, mon père ; n'ajoute pas, sur sa tête, ta malédiction à celle d'Eve !

  ADAM. Je ne le maudis pas : que sa malédiction soit en lui-même ! — Viens, Zillah !

  ZILLAH. Je dois veiller auprès du corps de mon époux.

  ADAM. Nous reviendrons quand sera parti celui qui nous a préparé ce funeste office. Viens, Zillah !

  ZILLAH. Un baiser encore à cette pâle argile et à ces lèvres naguère si pleines de vie. Mon coeur ! mon coeur !

(Adam et Zillah s'éloignent en pleurant.)

  ADAH. Caïn, tu as entendu, il nous faut partir. Je suis prête, nos enfants le seront bientôt. Je porterai Enoch, et toi sa soeur. Partons avant que le soleil s'approche de l'horizon, et ne traversons pas le désert sous le voile de la nuit. — Parle-moi donc, à moi, à ton Adah.

  CAÏN. Laisse-moi !

  ADAH. Hélas ! tous t'ont laissé !

  CAÏN. Et pourquoi restes-tu ? Ne crains-tu pas d'habiter avec celui qui a fait cela ?

  ADAH. Je ne crains que de te quitter. Quel que soit mon éloignement pour l'action qui t'a privé d'un frère, je ne dois pas en parler ; qu'elle reste entre toi et le grand Dieu.

  UNE VOIX S'ECRIE : Caïn ! Caïn !

  ADAH. Entends-tu cette voix ?

  LA VOIX. Caïn ! Caïn !

  ADAH. C'est le son de la voix d'un ange.

L'ANGE DU SEIGNEUR paraît.

  L'ANGE. Où est ton frère Abel ?

  CAÏN. Suis-je le gardien de mon frère ?

  L'ANGE. Caïn ! qu'as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie et monte jusqu'au Seigneur ! — Maintenant tu es maudit sur la terre qui a bu le sang fraternel versé par ta main égarée ! Désormais le sol que tu cultiveras ne cédera pas à tes efforts ; à dater de ce jour tu vivras en fugitif et promèneras sur la terre ta vie errante et vagabonde !

  ADAH. Ce châtiment est au-dessus de ses forces. Vois, tu le repousses de la face de la terre, et la face de Dieu lui sera cachée ! S'il erre en fugitif, il arrivera que celui qui le rencontrera le tuera.

  CAÏN. Plût au ciel ! mais qui sont ceux qui me tueront ? où sont-ils sur la terre encore inhabitée ?

  L'ANGE. Tu as tué ton frère ; qui te répond que ton fils ne t'en fera pas autant ?

  ADAH. Ange de lumière ! sois miséricordieux ; ne dis pas que ce sein douloureux nourrit dans mon enfant le meurtrier de son père !

  L'ANGE. Il ne serait que ce qu'est son père. Le lait d'Eve n'a-t-il pas nourri celui que maintenant tu vois baigné dans les flots de son sang ? le fratricide peut bien engendrer le parricide. — Mais il n'en sera point ainsi. — Le Seigneur, ton Dieu et le mien, me commande d'imprimer son sceau sur Caïn, afin que nul n'attente à ses jours. Quiconque tuera Caïn attirera sur sa tête une vengeance sept fois plus terrible. Viens !

  CAÏN. Que veux-tu de moi ?

  L'ANGE. Mettre sur ton front une marque qui te mette à l'abri d'un forfait pareil à celui que tu as commis.

  CAÏN. Non ; je préfère mourir.

  L'ANGE. Cela ne doit pas être.

(L'ange met la marque sur le front de Caïn.)

  CAÏN. Mon front brûle, mais moins encore que ce qu'il contient. Est-ce tout ? Je suis prêt.

  L'ANGE. Depuis ta naissance, tu as été dur et rebelle comme le sol que tu dois désormais cultiver ; mais celui que tu as tué était paisible et doux comme les troupeaux qu'il gardait.

  CAÏN. Je suis né trop tôt après la chute de nos parents ; le souvenir du serpent n'avait point encore quitté ma mère, et Adam pleurait encore la perte d'Eden. Je suis ce que je suis ; je n'avais point demandé à naître, et je ne me suis pas fait moi-même, mais si je pouvais par ma mort rappeler Abel à la vie, — et pourquoi non ? qu'il revienne à la lumière, et que moi je sois étendu là, sanglant ! Ainsi Dieu rendra la vie à celui qu'il aime, et m'ôtera le fardeau d'une existence que je n'ai jamais aimée.

  L'ANGE. Qui effacera le meurtre ? Ce qui est fait est fait ; va ! accomplis la tâche de tes jours, et que tes actes ne ressemblent pas au dernier !

(L'ange disparaît.)

  ADAH. Il est parti, éloignons-nous. J'entends notre petit Enoch pleurer dans son berceau.

  CAÏN. Ah ! il ne sait guère pourquoi il pleure ! et moi qui ai versé du sang, je ne puis verser des larmes ! Mais toute l'onde des quatre fleuves (2) ne pourrait laver la souillure de mon âme. Crois-tu que mon enfant voudra encore me regarder ?

  ADAH. Si je pensais qu'il ne le voulût pas, je...

  CAÏN (l'interrompant). Non, plus de menaces, nous n'en avons eu que trop. Va trouver nos enfants ; je vais te suivre.

  ADAH. Je ne veux pas te laisser seul avec le mort ; éloignons-nous ensemble.

  CAÏN. O témoin inanimé et éternel, dont le sang, que rien ne peut faire disparaître, assombrit la terre et le ciel ! ce que tu es maintenant, je l'ignore ; mais si tu vois ce que je suis, sans doute tu pardonnes à celui à qui son Dieu ne pardonnera jamais, non plus que son âme ! — Adieu ! je ne dois pas, je n'ose pas toucher ce que tu es devenu par moi. Moi qui suis sorti du même flanc que toi, qui ai bu le même lait, qui, tant de fois dans mon enfance, t'ai pressé tendrement sur mon sein fraternel, je ne te verrai plus, et je ne puis même faire pour toi ce que tu aurais dû faire pour moi, — déposer ta dépouille dans son tombeau, — le premier qui ait été creusé pour la race mortelle ! Mais qui l'a creusé, ce tombeau ? O terre ! en retour de tous les fruits que tu m'as donnés, je te donne celui-ci. — Allons maintenant au désert.

  ADAH (se baisse et imprime un baiser sur le corps d'Abel). Un sort funeste et prématuré, mon frère, a été ton partage ! De tous ceux qui portent ton deuil, je suis la seule qui ne doive pas pleurer. Ma tâche est d'essuyer des larmes, non d'en répandre. Pourtant, de tous ceux qui gémissent, nul ne gémit plus que moi, et non seulement sur toi, mais sur celui qui t'a tué. — Maintenant, Caïn, me voilà prête à porter la moitié de ton fardeau.

  CAÏN. Nous dirigerons notre marche à l'orient d'Eden ; c'est le côté le plus aride, et qui convient le mieux à mes pas.

  ADAH. Conduis-moi ! tu seras mon guide ; puisse notre Dieu être le tien ! Maintenant, allons chercher nos enfants.

  CAÏN. Et celui qui est là gisant était sans enfants. J'ai tari la source d'une race pacifique qui fût venue embellir son récent hymen, et qui eût tempéré la farouche ardeur de mon sang par l'union de nos enfants avec ceux d'Abel ! O Abel !

  ADAH. La paix soit avec lui !

  CAÏN. Mais avec moi ! —         (Ils s'éloignent.)

 
Acte Ier.Acte II. (Précédent) — Acte III.

 


Notes sur l'acte trois

  1. Le cyprès passe pour être présage de malheur. Ann Radcliffe l'avait évoqué dans son roman L'Italien ou Le Confessionnal des Pénitents Noirs (1797) avant le mariage clandestin d'Elena Rosalba avec Vincenzo de Vivaldi, qui est effectivement empêché peu après — JPV. [Retour]

       « Elena effrayée, fit remarquer à Vivaldi l'orage qui se préparait et qui rendrait la traversée du lac périlleuse. Aussitôt il donna l'ordre à Paolo de renvoyer le bateau et de faire préparer une voiture. Comme ils approchaient de la chapelle, Elena arrêta ses regards sur les hauts cyprès qui l'ombrageaient.
       — Voilà, dit-elle, des arbres qui ne rappellent que des idées funèbres. Vivaldi, en vérité, je deviens superstitieuse. Mais ces noirs cyprès, si voisins de l'autel où nous devons nous unir !... »
    (Ann Radcliffe, L'Italien ou Le Confessionnal des Pénitents Noirs, Chap. XIV, trad. N. Fournier.)

  2. Les quatre rivières qui coulaient autour de l'Eden, et conséquemment les seuls fleuves que Caïn connût sur la terre. [Retour]