Glose sur Les Chants de Maldoror
par le comte de Lautréamont

 

   La question de l'intelligibilité des Chants ne se pose plus aujourd'hui grâce aux lectures de Gaston Bachelard, Maurice Blanchot, Philippe Sollers [1], Marcelin Pleynet, etc. Mais les exercices de l'analyse et de la logique n'ont pas suffi à tout éclairer. À l'image de la première phrase des Chants, qui a détourné l'usage courant du « Plût au ciel que... » en le plaçant d'entrée, chaque strophe, ou presque, semble seulement sortir la tête d'un nid occulte. La recherche biographique, dont la nécessité s'imposait, ne serait-ce que pour écarter de pures divagations, a peu apporté à l'intelligence du texte poétique. Et si André Malraux se satisfaisait de voir seulement dans le travail de Ducasse l'emploi d'un procédé aléatoire sur une base biographique [2], nous sentons que la figuration de Dazet pouvait bien déjà, elle aussi, ressortir d'un procédé.
   Maurice Blanchot a parlé du « mirage des sources » en critiquant des rapprochements subjectifs sinon abusifs avec L'Apocalypse [3]. S'il est vrai que certains thèmes ébranlent potentiellement une infinité de sources, il n'est pas vain d'en examiner quelques-unes. La reconnaissance d'un archétype n'est pas toujours immédiate. Blanchot a souligné le mystère enveloppant la composition par l'exemple de la strophe II-13 (du naufrage) [4]. Or une compilation de scènes de naufrage dans la littérature fait vite ressortir l'importance du mythe du Déluge et sa dialectique. Dès lors, la composition de cette strophe n'est plus si mystérieuse. Mais l'archétype le plus évident n'est pas non plus toujours parlant. Le doppëlganger ne mesure pas tout l'intérêt de la strophe IV-5.
   Il ne suffit pas de dire que nous connaissons les sources de Ducasse grâce à sa correspondance : « J'ai chanté le mal, comme ont fait Miçkiéwicz, Byron, Milton, Southey, A. de Musset, Baudelaire, etc. ». Les auteurs ne suffisent pas ; on ne connaît plus guère l'œuvre de Byron. La recherche de sources littéraires, ou plutôt d'intertextes, présente des risques d'égarement. Elle exige compétences, méthode, rigueur, et un recul critique, que l'on ne possède pas dans le feu des découvertes. Mais elle apporte des éléments de réflexion profitables pour progresser dans la compréhension de l'œuvre, strophe par strophe. Il s'agit moins de vouloir la fermer en la réduisant à des sources que d'y montrer des perspectives enrichissantes sur la création littéraire.
   Nous nous sommes passionnés pour Les Chants de Maldoror après avoir fait cette expérience fascinante de voir un épisode de L'Iliade d'Homère à travers l'une de ses strophes. Nous avons entrepris de lire, ou relire, les classiques de la littérature, jusqu'au XIXème siècle, dans le but de creuser les impressions d'analogie que nous pourrions ressentir. Nous nous sommes initiés ainsi à la poésie, dans son sens le plus large, et nous avons découvert de nombreux textes instructifs. Si beaucoup ont ajouté des interrogations, ou n'ont rien adjoint d'essentiel pour Les Chants, d'autres ont permis de soustraire des bizarreries, et d'imaginer mieux le travail d'écriture.
   La découverte du thème du volcan dans Les Chants de Maldoror, à la strophe IV-5, a été faite à travers la lecture de Gautier en juin 2003. Nous n'en avons pas tout de suite vu l'importance. Elle nous a fait un peu dévier de notre projet. Nous nous sommes intéressés de plus près à l'imaginaire relatif au volcan, et à ce que Bachelard appelait « les tempéraments poétiques » dans ses essais sur l'imagination matérielle. Ses ouvrages, principalement Lautréamont (1939/53) et La Psychanalyse du feu (1933), nous ont aidé à progresser. (Voir aussi le site sur la littérature réunionnaise.) Penser Maldoror comme un volcan n'est pas la solution à toutes les illisibilités, mais c'est une façon de comprendre bien des bizarreries, notamment à propos du rire. La poésie du volcan rassemble celles de la bouche, des narines, de l'œil, du front, des cheveux, du sang. Ils nous apparaissent à présent comme les plus essentiels de la poésie de Ducasse.

   [1] « Que le texte de Lautréamont, par une effraction lente mais qui semble maintenant assurée, rentre enfin dans le champ d'une lisibilité difficilement acquise, voilà sans doute un des phénomènes d'histoire discrète les plus décisifs. » Philippe Sollers, Logiques, La Science de Lautréamont, p.250, édition du Seuil, 1968.
   [2] André Malraux, La Génèse des Chants de Maldoror, in Le Disque vert, numéro spécial Lautréamont, 4ème Série, N°4. 1925.
   [3] Maurice Blanchot, Lautréamont et Sade, L'expérience de Lautréamont, § Baudelaire.
   [4] Ibid., § L'Expérience centrale de Maldoror.
 

Byron, Poe,
Sue, Richter.

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QUELQUES ARTICLES DE SYNTHÈSE
Exercices de stylite
Le Secret est découvert
La Dame aux camélias du foyer
Les Joyeuses colères de Maldoror
Les Destins de Mervyn et Victor
 

SUR QUELQUES PROCÉDÉS d'ÉCRITURE
Les Plût au ciel que...
Les Beau comme... avant Ducasse
Les Beau comme... des Chants
 

SUR QUELQUES THÈMES OU IMAGES

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La Fronde - Crapauds et grillons
Tableau de lignages - L'Insaisissable
 

 

   Nouvelle organisation du site

   Avec davantage de recul, nous entreprenons une mise en forme de la glose plus proche du texte. Nous présentons pour chaque strophe les intertextes avec les autres chants et avec la littérature. Et nous indiquons dans quelle mesure l'imaginaire du volcan nous aide à comprendre cette poésie. Les choses seront complétées au fur et à mesure.
   Au début du Chant sixième, Lautréamont présente son œuvre comme constituée d'une partie synthétique (les cinq premiers chants) et d'une partie analytique (le dernier chant). Chose troublante ! car, habituellement, l'analyse précède la synthèse. Faudrait-il d'abord lire « le roman » ? Maurice Blanchot est peut-être le lecteur qui s'est le plus astreint à analyser l'œuvre dans son devenir, selon une chronologie de lecture-formation assez confondante. Si l'œuvre présente, au fil de sa lecture, un caractère initiatique, faut-il pour autant supposer qu'elle reflète la chronologie d'écriture et d'auto-formation d'Isidore Ducasse ? Nous n'y croyons plus. Nous nous plaçons dans le cadre intemporel de l'analyse en supposant que chacun a déjà lu entièrement le livre. Mais l'intérêt de la glose est de mettre en relief les options d'écriture qui font dérailler, et d'indiquer des liens qui permettent de se rattraper ou d'apprécier la force et la cohérence du texte. Pour des raisons pratiques, nous avons introduit les liens des intertextes vers l'amont. Nous recommandons donc de commencer par le roman (Chant VI), et de remonter vers le début. S'il s'agit seulement de lire Les Chants, il y a des sites plus agréables.
   Comme nous avons profité des développements existants sur le net, et qu'ils constituent une aide précieuse pour la réflexion, nous avons intégré des liens vers les éditions en ligne du Centre H. de Phalèse et des Hispanistes. Le texte que nous utilisons leur est conforme.

 
-------------- Liste des principaux articles ajoutés (détail & autres) --------------

Shakespeare, La Comédie des erreurs, la délivrance, les jumeaux aux bras entrelacés
Ésope, Fables, le crabe donneur de leçons et tueur dans Le Serpent et le Crabe
Virgile, L'Énéide, Cybèle, la corruption de l'air, « en hommes avertis, suivons une meilleure route »
Jean de La Fontaine, Fables, la ronde du milan dans La Grenouille et le Rat, le Chat-huant
Victor Hugo, Les Misérables, Éponine et Marius, le matelas sur les pavés, boulet et soufflets
Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques, l'enlèvement de Ganymède dans L'Enthousiasme
Voltaire, Micromégas, rapprochement avec Hamlet, la baleine, l'intelligence des mites
Goethe, Années de voyage de Wilhelm Meister, l'astro-mamie, le faucheur, noyade et sauvetage

 
 

Quelques liens à visiter concernant Les Chants de Maldoror

Le site Lautréamont / Ducasse du Centre Hubert de Phalese (Université de la Sorbonne).
L'édition critique interactive des Chants  de Guy Laflèche (Université de Montréal).
À propos d'une poétique somatique par M. Demarbaix & S. Lucbert (Tracés n°2).
Présentations des Chants de Maldoror  sur les sites e-Littérature et Remue.net.
Le site de référence sur l'auteur de Maldoror par Laurent et Michel Pierssens.
Les Chants  illustrés par J. Lemaire, Luis Aves da Costa et F. Aubéron.
Lautréamont sur les sites Rémy de Gourmont et Poésie sur la Toile.
Le Dictionnaire du Cacique par Jacques Noizet.